Transformation Numérique de la Santé : Chantier ou Réalité ?

Transformation Numérique de la Santé : Chantier ou Réalité ?

  • Jacques Padioleau
    Jacques Padioleau est vice-président commercial de Talend, et à en charge le développement de l’écosystème de clients et de partenaires en France et dans les pays européens francophones. Avec plus de 20 ans d'expérience dans la direction des ventes et en management dans le secteur des nouvelles technologies, Jacques Padioleau dispose d’une solide expertise dans la gestion d’environnements complexes. Plus récemment, Jacques Padioleau a occupé la fonction de directeur commercial d'Adobe France, où il était en charge du secteur public et des entreprises de services, pour les solutions de marketing digital. Auparavant, il a également occupé divers postes de management et de directions au sein de EMC France.

Le numérique et les nouvelles technologies transforment aujourd’hui en profondeur le secteur de la santé et bouleversent les parcours de soins et le travail du personnel soignant. Télémédecine, services e-santé, dossier médical en ligne, prescriptions électroniques, hôpital numérique, l’état a annoncé de nombreuses initiatives en plus d’une stratégie nationale e-santé 2020. Néanmoins, il reste de nombreuses questions à résoudre avant que la transformation numérique du secteur de la santé ne soit une réalité concrète. La question de la gouvernance des données est au cœur de cette transformation dans un secteur où la confidentialité des données est cruciale. A l’heure du regroupement des institutions hospitalières, la mise à niveau et le coût des infrastructures informatiques pour gérer cette transformation sera également centrale.

Comment les services hospitaliers et le secteur de la santé doivent-ils se préparer pour ce big bang ?

Concilier e-santé et confidentialité des données

En France, les données de santé appartiennent au patient et les accès à ces données sont très contrôlés. Par exemple, un médecin d’un hôpital ne peut accéder aux données produites dans un autre hôpital.

Il devient donc crucial à l’heure où les institutions hospitalières se regroupent sous l’impulsion de l’Etat que l’anonymisation des données des patients soit au cœur des préoccupations des institutions et professionnels de la santé. Ils doivent mettre en place une stratégie de gouvernance et d’accès aux données à même d’assurer la confidentialité quelque que soit le parcours de soins.

C’est un immense défi de centraliser les données tout en préservant leur caractère anonyme. A ce jour, les données existantes apparaissent sous différents formats dans un secteur de la santé éclaté en matière de solutions de traitement de la donnée. C’est pourquoi les établissements de soins ont besoin d’outils pour rendre ces données intelligentes et arriver à une exploitation pertinente de celles-ci. Enfin, au vu du caractère personnel de ces données de santé il est primordial de les stocker et de les traiter en données sensibles pour veiller à une utilisation responsable, en ligne avec les réglementations en vigueur.

L’irruption croissante dans le parcours de soins de solutions d’intelligence artificielle va venir complexifier cette gouvernance. Elles sont de plus en plus utilisées pour améliorer la qualité des soins notamment dans les maladies chroniques, l’aide au diagnostic ou encore la compréhension des situations cliniques.

A ce jour, les données médicales que l’on retrouve par exemple dans IBM Watson, un programme avancé d’intelligence artificielle, appartiennent à des sociétés privées qui ne pratiquent pas le secret médical comme les médecins, ce qui en matière d’éthique ne permet pas encore la collaboration entre les équipes médicales et les acteurs du numérique.

Les établissements de santé devront se doter de solutions et d’infrastructures informatiques à même de sécuriser, cloisonner et anonymiser les données des patients mais également intégrer la digitalisation du parcours de soins et les technologies tirant parti des données. Néanmoins, ce chantier est long, vaste et semé d’embûches.

Les DSI aux premières loges

Malgré une impulsion politique et des chantiers se mettant en place au fur et à mesure, la digitalisation du parcours de soin et sa règlementation contraignante demandent un déploiement important d’outils et donc de budgets, qui pourraient amener à une transformation numérique à deux vitesses.

Si la santé est l’affaire du personnel soignant, l’informatique joue un rôle prépondérant dans l’écosystème de la santé. Les DSI sont aux avant-postes pour initier cette transformation numérique, appliquer les règles de gouvernance des données et mettre en place une stratégie digitale qui permette d’améliorer la qualité de service, en simplifiant la tâche des praticiens tout en réduisant les coûts.

Au-delà des stratégies et des schémas directeurs des DSI pour moderniser les systèmes d’informations et répondre aux enjeux de la digitalisation, plusieurs écueils sont à surmonter.

La question budgétaire est l’une des principales préoccupations des institutions hospitalières qui auront besoin de ressources nouvelles pour faire évoluer une infrastructure technologique souvent ancienne, à même d’absorber les bouleversements technologiques, organisationnels et les nouveaux modes de soins. Indéniablement, certains établissements (particulièrement le privé) se développeront plus rapidement que les autres pour des raisons financières.

Les compétences technologiques sont un écueil non négligeable dont la résolution guidera la rapidité de la digitalisation au sein du système hospitalier. La pénurie de compétences techniques est une réalité du marché alors que les entreprises pâtissent déjà du manque de qualifications.

Les entreprises de services du numérique ne pourront pas répondre à toutes les sollicitations en même temps. En outre, le secteur public de la santé est un secteur particulier dans lequel les certifications sont drastiques.

Le chemin vers la digitalisation du système de santé ne sera pas un long fleuve tranquille. Les disparités seront grandes entre les différentes institutions face aux enjeux de confidentialité des données et de mise à niveau des systèmes d’information. La réponse devra être budgétaire, technologique mais également organisationnelle.

 

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